Flora Douville | Ma mère, la mort et moi
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Ma mère, la mort et moi

Ma mère a quitté ce monde il y a 10 jours et j’ai des choses à dire autour de cet évènement.

Je ne m’y attendais pas. Ma mère a affronté un cancer pendant 30 ans, de différentes manières et avec différentes méthodes. Elle était vaillante — je ne connais personne d’aussi courageux. Elle avait encore plein de projets, plein d’envies. Je pensais sincèrement qu’elle vivrait encore longtemps.

Même quand elle n’avait plus aucune énergie, elle trouvait encore le moyen d’être pétillante.

J’ai été surprise et triste. En colère contre une clinique où elle a séjourné, qui s’est très mal occupée d’elle.

Mais j’ai aussi été joyeuse, soulagée et en paix. Je me suis sentie à ma place, soutenue et soutenante.

 

Je n’ai pas ressenti la douleur dont tout le monde m’a parlé.

 

J’ai reçu énormément de messages de condoléances, de soutien, d’amitié… qui tous m’accompagnent dans « ces moments de douleur ».

On m’a pris dans les bras avec poigne, on m’a regardée avec des yeux qui disent « ma pauvre, quelle tristesse ». On m’a dit de faire attention à moi et même de me protéger.

J’entends bien l’endroit d’où viennent ces messages : ils viennent d’un espace d’attention, de care en anglais. Mon environnement est attentif à la façon dont je me porte. Et je le remercie pour ça.

Sauf que je ne me porte pas comme on le pense, mais peu de personnes m’ont réellement demandé ce que je vivais. On a surtout imaginé comment je devais me sentir.

Tu vois, je ne me sens pas triste. Je l’ai été très brièvement. Ma mère est partie, c’est le choix de son âme. Oui, ça fait bizarre de se dire que je ne la reverrai plus en vrai. C’est une nouvelle réalité.

Mais au delà de ça, je suis heureuse. Je suis heureuse pour elle qui vit toujours, libre et autrement.

Je suis heureuse des derniers moments que nous avons passés ensemble, les plus profonds, les plus simples et les plus beaux que j’ai jamais vécus avec ma mère.

Je suis heureuse de la perfection avec laquelle les choses se sont enchaînées, avant son départ, pendant et après. On aurait dit qu’un grand chef d’orchestre avait tout organisé… on aurait dit.

Je suis heureuse de la façon dont son départ m’a rapprochée de mon père et de mon frère. Je suis heureuse d’avoir eu l’occasion d’être là pour eux et de les soutenir.

Je suis heureuse d’avoir vu ma mère sur son lit. Elle était morte et c’était beau.

Je suis heureuse d’être moi et d’être là, maintenant.

Je suis heureuse de l’avoir eue comme maman.

Je suis heureuse de sentir mon coeur qui s’ouvre au contact de tous les amis qui se sont manifestés et qui m’ont envoyé des messages d’amour profond.

 

C’est cette ouverture qui me fait pleurer — pas la tristesse.

 

Pendant les jours qui ont entouré son décès, je me suis occupée de la maison familiale et du linge. J’ai plié des vêtements à elle, des vêtements qu’elle ne portera plus. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je n’étais pas triste. Je les pliais comme on plie le linge de quelqu’un qui est parti en voyage.

Notre dessin animé préféré à toutes les deux, c’est Alice au Pays des Merveilles — le plus étrange et funky des Disney.

À un moment dans l’histoire, Alice rencontre une chenille avec qui elle a une discussion mouvementée. La chenille finit par partir dans un nuage de fumée colorée, et laisse Alice avec un tas de petites chaussures vides. Alice est effrayée et pense avoir provoqué sa disparition.

En fait, la chenille s’est simplement transformée en papillon.

Aujourd’hui, je me retrouve avec toutes les petites chaussures dont elle avait besoin quand elle était encore une chenille. Elles ne servent plus à rien et ce n’est pas grave.

 

Ne laisse pas les autres définir ce qu’il faut vivre ou ressentir.

 

Ne laisse pas les autres définir ce que tu vis.

Vis ce que tu veux — oui, tu as le choix.

Chaque moment porte sa beauté et tu peux choisir de la voir.
Y compris dans la mort.

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